Christian LUZERNE Conteur de Légendes. Depuis 12 ans déjà, je suis conteur en Lorraine. Je vais ici et là avec l’éternel plaisir de voir les yeux des enfants s’écarquiller et ceux des parents s’allumer à la flamme des souvenirs oubliés. http://www.christianluzerne.com/

samedi 29 avril 2017

Muguet, vous avez dit muguet ?

Je flânais dans les rues, les mains derrière le dos, selon mon habitude, quand j'aperçus  un homme en bras de chemise, les yeux braqués sur mes talons comme si j'avais perdu une pièce de six sous qu'il espérait s'approprier. Puis il courut comme un possédé sous les arbres à proximité. Aussi, m'approchant de lui avec cette politesse qui est devenue chez moi une seconde nature, je lui demandai ce qu'il avait. « Ce que j'ai ? fit-il en agitant la tête. Si vous aviez vu votre femme passer devant votre porte, il y a cinq minutes, au bras d'un chevalier  tout pimpant, je crois que vous ouvririez les yeux à votre tour ! J’ai oublié le brin de muguet et elle ne me le pardonne pas ! » Et il partit en courant ... 

Christian LUZERNE Conteur de Légendes


samedi 22 avril 2017

LES VOYAGES DU CONTEUR DE LÉGENDES

La Dame Rouge

Marcher droit devant soi est une curieuse expérience, et ce jour-là je fus sur le point de me décourager. Car si je puis, comme d'autres, faire des kilomètres pour me rendre à un festin, je deviens avare de mes pas dès qu'il s'agit d'aller vers un lieu chargé de mystérieuses légendes qui sont un peu inquiétantes. Pourtant, curieux je poursuivis ma route. Le chemin traversait une forêt appelée  ‘’ le bois de Justice’’ parce qu'autrefois on y punissait les malfaiteurs.  Bientôt j’atteignis le but de mon voyage, la prairie aux Coquelicots. C’était  l'heure où le soleil en se couchant leur rendait une couleur encore plus soutenue. Il y en avait bien des milliers. Quand, sur un léger monticule, abritée par une ombrelle rouge, j'aperçus une jeune femme aux yeux moqueurs qui me regardait, et qui semblait  s’amuser de ma visite. Elle avait une robe de velours de la même couleur que les fleurs qui l’entouraient. Elle était occupée à se promener dans la prairie. Elle s’approcha. Je la saluai avec respect. Intimidé, pour me donner une contenance, je lui demandai  si elle était de la région. « Je le souhaite », répondit-elle mystérieusement en cueillant une fleur. « Mais on ne peut jurer de rien ». Puis elle s’approcha de moi et me la tendit. Elle ajouta, avec un sourire : « chaque fois que vous porterez ce coquelicot sur votre cœur vous ferez un rêve merveilleux,  si je suis de bonne humeur ce jour-là… Sinon ce sera un cauchemar». Puis apparut un valet tout de carmin vêtu qui s’approcha  respectueusement pour annoncer que si Sa Rougeur désirait déjeuner, le repas était servi. Les mets, composés de fraises et de cerises furent apportés sur un plateau rubis.  Je respirais ma fleur, ce qui me provoqua un fort éternuement. Quand je rouvris mes yeux larmoyants plus de champ fleuri, ni de valet et hélas, encore moins de jeune fille. Seul subsistait un léger courant d’air tiède et dans ma main un coquelicot déjà tout fané.


Christian LUZERNE Conteur de Légendes

vendredi 21 avril 2017

Petite graine d’humour et plus dans un monde qui en a bien besoin

Du fait que le perroquet peut articuler des mots, il ne faut pas conclure que cet oiseau est un animal aussi  intelligent qu’un Homme quoique …. Les gens d'esprit parlent, mais les imbéciles parlent plus encore... Le perroquet, élevé dans une riche maison et habitué à assister à des réunions mondaines, avait appris à répéter ces deux mots que sans doute il entendait fréquemment :
« Charmante soirée, charmante soirée ! »
Ces mots semblaient dits avec tant d'à-propos qu'on s'extasiait sur l'intelligence de ce perroquet.


Belle journée à savoir faire le tri entre la luzerne et l’ivraie


samedi 15 avril 2017

LES VOYAGES DU CONTEUR DE LEGENDES

Suite … La vieille maison

… Un chat, qui faisait son ronron auprès de la cheminée, fort surpris de mon intrusion sauta en renversant les pelles et les pincettes et causa une telle frayeur à la jeune femme assise sur un confortable fauteuil qu'elle  poussa des cris de frayeurs. Moi-même je criais bêtement pour me donner une contenance. Puis ce fut une vieille femme qui accourut. La bonne dame n'en revenait pas. Par précaution je me tenais immobile.  Or, voilà que, tout d'un coup, les cloches se mirent à sonner à toute volée. « Étaient-elles donc déjà rentrées bonne mère Pascale ? » dit la plus jeune. Les deux femmes se précipitèrent vers l’armoire un peu cachée dans l’ombre. Impossible d’en ouvrir la porte. La clé résistait, décidément cette maison était bien capricieuse. La bonne mère Pascale se tourna vers moi et sans façon m’ordonna  de l’ouvrir. Sa jeune compagne se leva d’un bond, les mains dans les cheveux, elle cria : « ouvrez-la ! ».  La jeune femme était si catégorique, elle se montrait si agitée, si désolée, qu'il me fallut bien consentir à m’avancer vers l’armoire. D’ailleurs une armoire bizarre,  toute décorée d’œufs de toutes les couleurs et de lapins très sérieux. Mais qu’importe, l’heure n’était plus à la promenade. Je me mis  face de la porte qui défiait les efforts de la vielle dame. J’osais, elle résistait.  « C'est une serrure de sûreté, madame » que je reconnus après un rapide examen. « Qu'importe! Ouvrez-la tout de même: vous avez carte blanche », fit bonne dame Pascale. « Mais il faut la briser ! Brisez-la!  Ah I c'est vraiment dommage, une si jolie serrure! » La jeune femme frappa du pied ! Près de la cheminée se trouvait un pic à bois, je le saisis et frappait un coup sec. La serrure céda et la porte s’ouvrit brutalement en grand. Et je fus bousculé par une chose pleine de poils qui détala en courant par la porte laissée ouverte. Juste avant qu’il ne disparaisse je crus reconnaître un gros lapin, une hotte sur le dos et  qui semblait bien pressé. Quand je me retournais, les deux femmes étaient assises à la grande table et le plus sérieusement du monde  peignaient des œufs de toutes les couleurs. Je semblais ne plus exister. Je retournais chez moi et je dois vous avouer que je n’ai jamais retrouvé la chaumière.


Christian LUZERNE Conteur de Légendes

dimanche 9 avril 2017

LES VOYAGES DU CONTEUR DE LEGENDES

La vieille maison

Il faut que je vous raconte l’aventure qui m’est arrivée. Au cours de mes promenades, je rencontrais une vieille maison qui me semblait abandonnée. Les fenêtres étaient fermées par des volets en très mauvais état. Pris de curiosité, je voulu pousser la porte.  Elle résista, grinça, s’entrouvrit un peu mais impossible d’aller plus loin. A la curiosité succéda la méfiance, à la méfiance, une sorte de colère sourde contre cette méchante porte en planches qui semblait me dérober un secret d'où dépendait, peut-être, le repos de mon avenir. Je tapais avec mon poing sur le panneau, mais le bois ne rendit qu'un son sec qui ressemblait à un rire narquois, et en revanche je me fis mal. C'était trop fort. Un bâton était posé contrer le mur, je m’en saisis pour m’en servir de levier. Rien n'ouvrait le grand panneau. Des clefs, vieilles et rouillées, jetées au sol semblaient indiquer que je n’étais pas le seul à avoir voulu entrer  et apparemment les tentatives, ne furent pas plus heureuses. Je trouvais un  mauvais bout de fer, mais ne réussit pas davantage. Comme je le jetais au loin,  la porte s’ouvrit sans un bruit, lentement.  J’entendis comme une invitation à entrer. J’osais franchir le seuil. Enfin en réalité je gardais un pied à l’extérieur. La maison semblait m’attendre, je rentrais avec méfiance …...


Christian LUZERNE Conteur de Légendes

dimanche 2 avril 2017

LES VOYAGES DU CONTEUR DE LÉGENDES

Ma rencontre insolite du premier avril

Je n’ai jamais oublié. Bien que je sois le seul à m'en souvenir. Le jour où je m’assis à la table de l’auberge sur le bord de la route du village dont je ne me souviens plus le nom. La vie à cette époque était aussi chère qu'à présent et  pourtant je vis un homme entrer dans cette auberge, et demander un peu du meilleur vin et une assiette de poissons de la Moselle. Et, comme il avait eu la bonté de m'inviter, je ne manquais pas de dire que du vin ordinaire suffirait. C'était un individu à l'air un peu sinistre. À peine assis, il s'écria : « En vérité, je ne connais pas de passe-temps plus agréable que les contes. Je resterais des journées entières à en écouter, les jambes croisées, le coude sur un coin de table. Il me semble que ce serait le … Paradis ». Après l’avoir écouté, je repris que je reconnaissais volontiers qu'il y avait un charme tout particulier à les entendre. Moi-même,  je ne puis résister au désir de m'asseoir et d'écouter quand, je tombe sur un conteur entouré d'un cercle nombreux et attentif. Avec un sourire qui laissait voir des dents trop pointues,  il posa sur la table un grand couteau. Puis il reprit : « je vous ai reconnu conteur. Vous n’échapperez pas à votre destin  et allez immédiatement me raconter une légende de la région ». La gorge sèche j’avalais un verre de ce mauvais vin et commençais d’une voix tremblante à essayer de captiver mon auditoire. A ce moment-là le personnage eut un rire démoniaque et s‘écria en enlevant son grand chapeau sous lequel il cachait des deux petites cornes : « poisson d’avril !!! Moi aussi j’aime plaisanter » et il disparut dans un grand nuage qui sentait le souffre. Depuis je ne sors plus de chez moi le premier avril !


Christian LUZERNE CONTEUR DE LÉGENDES